La VR52, on en parle depuis le début des années 70. C'est dire si le sujet n'est pas nouveau. Alors, que s'est-il passé pour que cet équipement jugé indispensable par tout le monde à l'époque, ait pris autant de retard ?
Un peu d'histoire permettra à chacun de comprendre.
POURQUOI CETTE NOUVELLE VOIE RAPIDE ?
Après quelques années de réflexions et de tours de table, l'État a publié en 1974 un schéma d'aménagement et d'urbanisme (SDAU) pour la zone Nord Métropole Lorraine. Ce SDAU était en fait un plan de développement d'une zone qui s'étendait du nord de Metz à la frontière belgo-luxembourgeoise. Sur ce schéma figuraient les grandes orientations en matière d'aménagement :
- les extensions des zones industrielles et surtout sidérurgiques
- le développement des villes et des zones urbaines
- les grandes liaisons routières nécessaires compte tenu de l'accroissement de l'activité industrielle et commerciale ainsi que de l'augmentation du nombre d'habitants
- les zones vertes…
Les grandes orientations de ce document devaient être reprises dans les plans d'occupation des sols de chaque commune. On en verra l'importance par la suite.
C'est ainsi que, dès 1974, il était prévu de réaliser une liaison routière reliant le nord de Metz au bassin de Longwy et au réseau routier du Benelux. Celle-ci doublait l'A31 en cas d'engorgement de cette dernière.
Elle avait pour deuxième but de désenclaver les vallées sidérurgiques de l'Orne et de la Fensch qui étaient mal reliées au sillon mosellan.
LE VIADUC DE ROMBAS
Dès les années 70, une première tranche de cette VR52 a été réalisée : le viaduc de Rombas.
Les plus anciens s'en souviendront sûrement, les autres l'apprendront : pour traverser la vallée à hauteur de Rombas, il fallait successivement franchir

- le chemin de fer de la mine
- les deux voies ferrées de la SNCF
- le chemin de fer de l'usine de Wendel
- et enfin l'Orne.
Cette succession d'obstacles était connue jusqu'à l'autre bout de la France car, en moyenne, le temps d'ouverture des barrières était de 20 minutes par heure.
La construction du viaduc, première tranche de la VR52, est donc venue solutionner une situation qui allait en s'aggravant car le transport routier devenait de plus en plus important.
LA CRISE DE LA SIDÉRURGIE
On en était là quand est survenue la crise de la sidérurgie. Et c'est peut-être à ce moment-là que les bons choix n'ont pas été faits. Au lieu de réaliser les infrastructures routières qui manquaient, les gouvernements successifs ont préféré favoriser les projets de reconversion des sites industriels comme les "Schtroumpfs" à Hagondange qui fut un échec et la zone de loisirs à Amnéville qui fut un succès.
Et comme Jean Kiffer était au sommet de sa gloire, peu de gens osèrent s'opposer à lui lorsqu'il se mit dans la tête de construire un golf situé en grande partie sur le territoire de la ville de Rombas et surtout sur l'emprise foncière de la VR52.
LA "GUERRE DU GOLF"
Ainsi débuta en juin 1989 la "guerre du golf". Elle stérilisa jusqu'à cette année le projet de voie rapide.
LÃ encore, un peu d'histoire ne fera pas de mal.
En janvier 1989, deux adjoints au maire d'Amnéville se présentèrent un soir en mairie de Rombas pour "tâter le terrain". En fait, ils voulaient savoir si un projet de golf à La Tuilerie indisposerait les élus de Rombas puisque cet équipement concernait 50 hectares de leur territoire. Marcel Jehl, alors maire de Rombas leur répondit qu'il n'y était pas opposé, à condition que les intérêts des Rombasiens soient sauvegardés : la zone de la Tuilerie avec son potentiel de développement et le tracé de la VR52.
Deux mois plus tard, sans autorisation, sans permis, Jean Kiffer, le maire d'Amnéville pénétrait sur le territoire de ROMBAS, faisait intervenir les bulldozers et détruisait un espace boisé classé (au SDAU et au POS) pour réaliser son golf. S'en est suivi une avalanche de procédures judiciaires, de procès verbaux, d'actions sur le terrain. Bref, les Rombasiens, Marcel Jehl en tête, ne voulaient pas se laisser faire.
Un élu, pourtant, a été particulièrement discret dans cette affaire, c'est Lionel Fournier, alors premier adjoint. D'autres, avec Marcel Jehl, comme Norbert Barthélémy ou Robert Hinsberger étaient à la pointe du combat mais Fournier, lui, ne s'est pas beaucoup mouillé. Ni pour les Rombasiens ni pour la VR52. On verra par la suite qu'il y avait un calcul derrière tout cela et qu'il pensait déjà d'abord à sa carrière politique en ménageant de futurs possibles soutiens.
Les procédures judiciaires ont suivi leur cours. Les travaux du golf, le leur, car le maire d'Amnéville, bien qu'étant dans la plus complète illégalité, possédait des soutiens voire des obligés.
Aussi paradoxal que cela soit, lorsque l'illégalité de cet équipement fut enfin définitivement reconnue, il était terminé. Et donc, terminés les espoirs de la réalisation de la VR52.
L'ÈRE FOURNIER
En 1995, Lionel Fournier succéda à Marcel Jehl et il eut la chance de voir, dès le début de son mandat, tomber une dernière décision judiciaire qui tranchait définitivement cette affaire : la Cour d'Appel de Metz, constatant l'illégalité du golf, décidait la remise à l'état initial des terrains sous astreinte de 5000 francs par jour de retard. Dans la mesure où le maire d'Amnéville qui avait commis le délit ne s'exécutait pas, le maire de Rombas, sur le territoire de sa commune, pouvait se substituer à lui. Que croyez-vous qu'il fit ? Rien. Puisque 15 ans après la décision de justice, le golf est toujours là .
PETITS ARRANGEMENTS ENTRE FOURNIER ET KIFFER ?
Fournier ne fit rien contre le golf en tous cas. Les plus fins observateurs constateront même que dans l'intervalle, le maire de Rombas devint président de la communauté de communes puis conseiller général avec le soutien actif du maire d'Amnéville. Mais il ne s'agit probablement là que de coïncidences
Toujours est-il que nos deux compères ont amusé la galerie pendant des années tandis que le projet de VR52 ne bougeait pas entre Marange et Rombas. Certes, on a eu droit à des déclarations dans la presse aussi fumeuses qu'épisodiques : l'un voulait quitter la communauté de communes et l'autre découvrait les vertus d'un tunnel à Marange, mais dans les faits, rien n'avançait. Ce statuquo convenait au maire d'Amnéville qui espérait bien qu'à la longue le projet tomberait dans les oubliettes, et, semble-t-il à Fournier qui disposait pourtant d'une arme atomique avec l'arrêt de la Cour d'Appel de Metz.
L'APRÈS KIFFER
Que s'est-il alors passé pour que le dossier se débloque maintenant ?
Tout simplement le décès de Jean Kiffer, en août, l'année dernière. On se souviendra qu'il déclarait à qui voulait l'entendre : "Moi vivant, on ne touchera pas au golf et la VR52 ne se fera pas!" (Voir entre autres l'article du RL du 30-04-2008). Ce n'est pas le seul tabou qui est tombé depuis : l'endettement réel de la ville d'Amnéville, la gestion de l'association du centre de loisirs en sont d'autres exemples.
Madame Belloni qui a pris la succession de Jean Kiffer est tombée des nues en apprenant la décision de relance du projet. Elle parle de compensation financière. Mais au nom de quoi de l'argent public devrait-il venir au secours d'un équipement illégal ? Si de l'argent devait être distribué, il devrait aller aux automobilistes qui usent de l'essence à faire la queue tous les matins et tous les soirs sur l'actuelle RN.
LA VÉRITÉ
Chacun aura compris que dans cette affaire, Lionel Fournier est plutôt un soldat de la vingt-cinquième heure, qu'un engagé actif de vingt ans et qu'il s'attribue des vertus qu'il n'a pas.
Si un maire de Rombas mérite de voir son nom associé à la réalisation de la VR52, c'est bien celui de Marcel Jehl.
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